Pédagogie

La capsule vidéo

Une histoire de ceintures

Je ne ferai pas ici le speech sur les ceintures de compétences. Je vous inviterai plutôt à (re)lire l’excellent billet de mon ami @francoislmrx sur son blog dédié au dispositif : http://urlz.fr/6vOJ. Non, ici je parlerai d’une étape que j’estime essentielle dans ce dispositif : le chef d’oeuvre. Il est en quelque sorte l’étape qui capitalise les savoirs des uns et des autres au cours d’une production collective.

Petit précis d’organisation

À mesure de l’avancée des élèves dans leurs parcours individualisés, des compétences « spéciales » apparaissent dans les référentiels. Ces chefs-d’oeuvre, comme il est convenu de les appeler, viennent agrémenter de façon parcellaire les différentes ceintures. À l’issue d’un parcours de travail dans une ceinture et une discipline ciblées, l’élève est amené à construire, ou plutôt à co-construire une ressource collective sur une notion travaillée et validée en amont. Comme le montre l’image ci-dessus, après avoir travaillé sur trois compétences spécifiques en techniques opératoires de la ceinture bleue, l’élève doit réaliser un chef d’oeuvre, qui prendra la forme soit d’une carte mentale ou d’une capsule vidéo.

Mais si un élève est concerné par cette compétence, il est légitime de se poser la question de la potentialité d’avoir au même instant « t » plusieurs élèves finissant de travailler et de valider les mêmes compétences. Aléatoire et statistiquement improbable. Mais alors, comment se passe la constitution des groupes ? Une bonne question. Méritant une « bonne » réponse. J’ai décidé, dans mon contexte de classe, de casser les règles de travail sur ce chef d’oeuvre.

La logique voudrait que les élèves qui ont atteint ce stade de la ceinture puissent travailler ensemble sur le chef d’oeuvre. Des élèves qui auraient donc le même « niveau de compétences ». À la logique, j’ai préféré la pragmatisme. Au court terme, j’ai choisi le moyen terme. Mes groupes d’élèves qui vont produire sont donc constitués de façon aléatoire, mais en gardant tout de même un « noyau dur », à savoir deux élèves qui ont validé toutes les compétences ou une partie des compétences de la ceinture considérée. À ces deux élèves s’ajoute un élève qui est déjà passé au-delà de la ceinture. Enfin, le dernier maillon de la chaîne de production est un élève qui n’a pas encore atteint cette ceinture. Ainsi, dans cette organisation singulière, les élèves qui ont acquis et dépassé ces compétences vont pouvoir les asseoir en construisant ce support pédagogique. L’élève qui n’y est pas encore arrivé utilise ce travail comme un élément de découverte de la notion. Il découvre en faisant et en se servant de l’expertise des autres élèves. Il se prépare donc, en quelque sorte, à appréhender la compétence de façon active.

Écrire, Lire, Dire

Cette réalisation collective est codifiée. Organisée dans le temps, l’espace et les supports. Plusieurs intérêts pédagogiques se manifestent. En premier lieu, il s’agit pour certains élèves de valider une compétence travaillée et pour d’autres d’anticiper sur l’apprentissage de cette compétence. Cet objet de savoir co-construit colore ainsi une démarche d’apprentissage collaborative différée.

Outre le fait de valider une compétence, les élèves lors de cet étape du dispositif des ceintures de compétences sont encore dans une démarche d’apprentissage. Ils doivent écrire, expliciter une notion afin de la rendre compréhensible pour d’autres élèves. Les efforts de concision et de précision dans l’écrit et dans le langage oral sont des composantes majeures pour la réussite de cette étape. Pour l’élève qui a travaillé cette compétence, la mise en oeuvre d’une capsule vidéo lui permet d’ancrer son savoir de la notion. Pour l’enseignant, cet exercice est un bon moyen de vérifier de la bonne maîtrise de la notion par cet élève. Les enjeux pédagogiques sont donc forts et prégnants. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de production orale et écrite mais bel et bien d’une activité circonstanciée de validation des apprentissages.

Les élèves sont amenés à rédiger un « scénario » de leur chef d’oeuvre (quelque soit le support final). Ils doivent mentionner l’objectif, le contenu pédagogique et le mode de construction final. Pour ce faire, les élèves utilisent un document que j’ai créé, en l’imprimant au format A3, pour des raisons pratiques. Le document est ainsi plus facile à compléter, les élèves pouvant collaborer plus aisément sur ce grand format.

Je valide ensuite cette feuille car elle doit être à la fois « bien écrite » pour être facilement compréhensible pour d’autres élèves et surtout ne pas contenir d’erreurs qui concernent directement la compétence. Vient ensuite la réalisation du storyboard. Cette « bande dessinée pédagogique » est véritablement l’étape préparatoire à la captation vidéo. Elle conditionne les plans qui vont être filmés, leurs contenus et le texte qui sera enregistré sur ces images. Mis en couleur, ce document est assez libre. La seule contrainte que je pose à ce moment-là de la production est de ne pas privilégier l’artistique au détriment du pédagogique. Les élèves savent que tout élément non indispensable n’ayant aucun rapport avec la compétence peut (et doit) être enlevé. Les cases de ce story-board seront par la suite « reproduites » sur des feuilles A4, afin de faciliter le tournage final.

Enjeux sociaux

Des enjeux pédagogiques (forcément) mais également des enjeux sociaux. Parfois sous-estimés ces ateliers de production collaboratifs permettent pour l’élève d’enrichir son capital confiance. Il lui donne la possibilité de pouvoir montrer aux autres élèves du groupe sa capacité à expliquer, à argumenter. La répartition des rôles dans le groupe élimine tout rapport au savoir. Tout déséquilibre est annihilé. Chacun a son mot à dire et chacun est en mesure d’apporter un minimum de savoir. On passe alors d’un schéma du « chacun à sa place » à celui de « tout un groupe ». Chacun se voit offrir un rôle d’expert. Forts pour certains, limités pour d’autres, les efforts consentis par le groupe afin de mutualiser les savoirs donnent une dimension relativement forte en termes de sociabilité pédagogique. Cette réalisation est donc un exemple parfait de la construction par ces élèves d’une connaissance tierce qui sera ensuite réinvestie par chacun d’entre eux, dans leur propre milieu et dans leur propre parcours d’apprentissage. Une richesse absolue.

Un petit 5% de numérique

Et le numérique dans tout ça ? Belle question. Attaché à l’hybridité des apprentissages, le numérique intervient en phase finale et ce pour une quantité infime si l’on prend en compte le temps passé par les élèves à élaborer, rédiger et réfléchir à leur support de travail. Les élèves ont le choix entre deux modalités de captation pour les élèves : des applications numériques sur la tablette ou alors le banc-titre installé en fond de classe. C’est celui qui a le plus de succès chez les élèves. Et c’est celui qui confère à l’activité toute sa dimension d’apprentissage entendue ici dans sa dichotomie langage écrit/langage oral.  Celui que je préfère.

Le banc-titre (planche de bois avec une potence sur laquelle est fixé un appareil photo numérique) permet de filmer en « one-shot », en contre-plongée. Les élèves disposent alors les feuilles dessinées sur lesquelles des mots, des phrases sont écrites. Le « narrateur » du groupe parle alors sur ces images qui sont glissées successivement sous l’appareil photo par un autre élève. Un troisième « contrôle » sur l’écran de retour vidéo si les feuilles sont bien lisibles et bien placées. À la fin de l’enregistrement, les élèves regardent la vidéo tournée et décident si celle-ci est correcte ou si il est nécessaire de faire une autre prise.

Vous avez dit « capsule » ?

Le format imposé de la courte vidéo est limité par le temps (3 à 4 minutes maximum) : c’est la définition de la capsule vidéo. Afin de ne pas perdre l’intérêt de la découverte et de ne pas lasser le « spectateur » de cette vidéo, qui doit avant tout servir plutôt que desservir, ce « timing » est nécessaire et largement suffisant pour des élèves de cycle 3. Voici les différentes étapes de la production d’une capsule vidéo, du scénario jusqu’à sa finalisation :

Le scénario

Le story-board

La vidéo

 

 

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