La Twittclasse

Une fenêtre sur la classe

Porte close ?

En 2012, avant de penser à mon inscription sur le réseau social Twitter, je cherchais un média qui puisse (re)tisser un lien social entre l’école et la famille. La raison était toute simple : les enfants ne racontant que très peu leurs journées de classe, les parents savaient de manière partielle ce qu’il s’y passait réellement. Même si des activités ponctuelles leur permettaient d’entrée dans l’enceinte de la classe pour venir partager des moments avec leurs enfants (ateliers cuisine, bricolage, lecture, sorties diverses), cela était trop peu et très éphémère. Surtout, ces activités n’étaient pas représentatives de la vie de la classe (au moins en partie). Je désirais vraiment donner une ampleur à la communication entre les deux parties. Je me suis donc lancé. J’ai pesé le pour et le contre et ai rédigé un dossier pédagogique dans lequel j’expliquais le pourquoi de cette démarche. Validé par mon inspecteur, la #twittclasse était lancée …

Le dossier

Ouvrir la classe vers l’extérieur

Le but est donc de donner à la fois une action pédagogique (Twitter n’est qu’un outil d’écriture et de communication, il ne constitue pas le centre des apprentissages quotidiens. Il s’avère donc nécessaire de définir clairement les utilisations possibles de cet outil), et une action éducative (utilisation raisonnée de l’outil, respect des codes structurels liés à internet et ses multiples applications, place de l’individu dans cette gigantesque sphère « invisible » et « abstraite »). Considéré au départ comme un véritable outil de communication vers l’extérieur, les élèves produisaient de courts messages ayant pour uniques destinataires les parents. Le compte était alors privé. Et puis, très vite, cela n’avait plus de sens dans la définition même du réseau social. Ce n’était pas en se fermant que l’on pourrait diffuser, partager et valoriser les activités et travaux des élèves. Nous (élèves et enseignant en conseil coopératif) avons donc pris la décision de le mettre « public ». Nous en avons informé les parents. Dès cette décision, nous avons pris conscience de la richesse de ce réseau dans le monde de l’éducation. Une richesse dans les projets inter-classes, les activités partagées et les rencontres avec d’autres élèves et/ou enseignants. Très vite, nous nous sommes « inscrits » dans des projets permettant de travailler le calcul mental, la géométrie, la conjugaison, la lecture, la production d’écrit, l’histoire … Très vite, nous avons suivi d’autres classes, d’autres élèves dans leur vie d’écolier. Très vite nous avons diffusé des messages qui rendaient visibles le travail de la classe, les projets, les outils …

Éduquer, rassurer, partager

Éduquer : un enjeu majeur. C’était la première dimension. Je me rappelle qu’en sortant d’un conseil école-collège avec des professeurs du collègue de secteur, ceux-ci se plaignait de l’utilisation anarchique des réseaux sociaux par les élèves au cours de leurs journées. Tout, tout le temps, partout. Je me suis dit qu’il pouvait être intéressant, en amont, à un âge où les usages des médias sociaux naissent et se construisent, de pouvoir donner une dimension éducative à ces pratiques. Pour leur futur immédiat (question des identités numériques, travail sur la source des informations, réflexion sur les « fake-news », etc.) mais également dans leur avenir en tant que citoyen.

Rassurer, pour mieux communiquer. Deuxième étape nécessaire pour que l’impact de cet usage se fasse ressentir dans les familles. Présenté en début d’année lors de la réunion de parents, le réseau social peut encore apporter son lot de crainte et de scepticisme. En le présentant comme un moyen d’Éducation aux Médias de l’Information, tout en faisant travailler des compétences du socle de compétences de l’élève, j’ai choisi de construire un dépliant où les informations « utiles » seraient mises en avant. Rassurer, finalement, pour démythifier (un peu, beaucoup ?) ce réseau social. Comme dans tout support de communication, il y a du bon et du moins bon. C’est une évidence. Mais si nous apprenons à l’utiliser de façon efficiente, alors l’outil en deviendra plus intéressant.

Recto
Verso

 

Récupérer le dépliant

Partager, pour valoriser.  Au départ peu actifs sur le réseau (les élèves devant s’approprier les codes de communication, de diffusion et de langage), petit à petit des productions ont été diffusées et mises en avant sur le réseau. Petit à petit, les classes et autres personnes du système éducatif se sont abonnées à notre compte, leur permettant, quasiment au jour le jour, ce qu’il se passait dans la classe. Les parents se sont ouverts des comptes pour suivre leurs élèves. L’objectif était, d’une certaine manière, atteint.

« Écrire pour, être lu par … »

Source de motivation exemplifiée par un autre message : « écrire pour, être lu par …. ». Il tient à la définition même du réseau. J’écris pour qui ? Pour quoi ? Ce sont ces questions qui ont été débattues avec les élèves. Le message transmis doit être informatif et doit mettre en avant les activités réalisées en classe. J’écris pour un lectorat (dont certains nous sont inconnus). Je suis lu par d’autres élèves (qui vont pouvoir interagir en posant des questions plus précises ou en laissant des commentaires), des adultes (qui s’intéressent à ce qu’il se fait), des parents. Cette dimension est très intéressante dans la construction du citoyen de demain. Mais également pour l’élève d’aujourd’hui. Elle « performe » ainsi la dimension d’écriture car l’élève garde dans un espace de son esprit que ce qu’il va être écrit sera lu par un certain nombre de personnes. Il doit donc maîtriser son message, que ce soit en termes de clarté, de simplicité et d’efficacité. En effet, la limite de caractères est un excellent travail autour de l’écrit et de la production d’un message « essentiel ».

« Je me rappelle ce premier message diffusé sur le réseau. En groupe classe, pour découvrir les fonctionnalités du support, les élèves avaient choisi d’écrire un message d’accueil. En fond de classe, je les observais. Un élève commença à taper le message. Au fur et à mesure, le nombre de caractères augmentait de façon exponentielle. Très vite, une centaine de caractères en « trop » empêchaient l’envoi du message. Pendant de longues minutes, les élèves ont échangé et débattu sur ce qu’ils pourraient enlever, remplacer, réécrire afin de diffuser ce message. Un très bon exercice de langage oral et écrit, un retour vers des compétences de conjugaison, de vocabulaire, de grammaire qui s’est avéré efficace. Le message a pu partir … »

Twitter aujourd’hui, mais demain ?

Poser cette question, c’est finalement s’interroger, quelques années après le lancement dans la classe, de l’intérêt d’utiliser ce média avec ses élèves. Qu’est-ce qui ferait, qu’un jour, je décide de le quitter ? Qu’est-ce qui me ferait, au contraire, rester ? Vastes questions, réponses tout aussi longues.

  • D’un point de vue de l’enseignant, aujourd’hui, pour faire très court, j’en suis plutôt satisfait. Lorsque je me retourne sur ma pratique professionnelle, je me rends compte du chemin parcouru, des directions que j’ai prises, des actions pédagogiques que j’ai engagées. Le réseau est une source intarissable d’idées (plus ou moins bonnes). Reste à faire le tri, mais c’est le cas dans tout média finalement. Ce n’est pas propre à Twitter. Faire le tri en fonction de son environnement propre, de ses élèves, de sa classe, et de son identité professionnelle. En fait, il s’agit d’un réseau dans lequel on va pouvoir puiser, s’inspirer. Les rencontres, virtuelles ou non, donnent aussi matière à la réflexion du métier, de sa pratique et de ses engagements au quotidien. Et puis, soyons très clair. J’ai avancé bien plus vite que prévu. J’ai appris, je me suis nourri comme nulle part ailleurs. J’ai fait des rencontres (humaines et matérielles) inoubliables qui marqueront mon futur. Rien que pour cela, je ne le quitterai pas. Et je continuerai à l’utiliser et à diffuser.

 

  • Pour l’élève, outre les dimensions d’apprentissages dans le langage oral, écrit, le réseau apporte une éducation certaine à l’usage d’un média social. Lorsque l’on regarde très rapidement le nombre de réseaux sociaux qui existent et dans lequels les élèves se projettent, écrivent, diffusent, il me semble important de ne pas casser cette dynamique de réflexion autour de l’identité numérique.  Diffuser en classe (re)donne à certains élèves une image positive d’eux-mêmes renforçant une « estime de soi » et une confiance. Entre innovation et recherche de motivation supplémentaire, il s’agit, dans une certaine mesure, de donner raison à la maîtrise de ce genre d’outil technologique, ancrés dans la société postmoderne.

 

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