ONG

From Nablus to West Bank

Il y a 4 ans, je suis parti en mission humanitaire. Pour une première expérience de ce type, j’ai choisi une zone géographique qui me passionne et me fascine mais qui m’interroge en même temps.  Un lieu où il faut aller pour se rendre compte. Un lieu où la violence est quotidienne. Sans juger ni s’ingérer dans la situation politique de cette région je voulais simplement me faire ma propre idée du conflit et donner de mon temps pour les enfants des camps de réfugiés. Direction la Palestine. Naplouse, ville à 50 kilomètres au nord de Jérusalem, m’a accueilli pendant un été.

Le projet

En effectuant une mission humanitaire, je réalisais un rêve d’adolescent. Un rêve qui allait devenir réalité. J’allais enfin pouvoir découvrir ce pays, ces gens, ces paysages, ces monuments historiques et puis ce conflit sans fin, ces tensions quotidiennes, cette misère des camps … Face noble, face sombre.

Six mois avant de partir je contacte une ONG locale, Project Hope. Je la cible car c’est elle qui peut m’offrir une mission humanitaire dans laquelle je vais pourvoir transmettre des choses que je maîtrise. Les premiers contacts sont intéressants et prometteurs. Je peux partir mais je dois préparer un dossier pédagogique de ce que je veux faire. Un document qui doit indiquer l’objectif de ma mission, ce que je souhaite faire, montrer et prouver, les conditions dans lesquelles cet objectif sera atteint, expliquer en quoi cet objectif me semble important à aller chercher, les groupes cibles, les lieux d’interventions et quelle forme finale prendra le projet. Je rédige ce dossier. Je sais ce que j’ai envie de faire. Les rendez-vous Skype s’enchaînent. J’échange avec beaucoup de simplicité avec le directeur de l’ONG sur mon dossier, des points particuliers à éclaircir en fonction de la situation locale. J’apprends alors que des difficultés ne me permettront pas de faire « exactement » ce que j’avais prévu. Mais que des « intermédiaires locaux » me faciliteront ma mission. On me prévient que les lieux ciblés seront difficiles d’accès. Mais, que ça, on ne peut pas le savoir à l’avance. Tout dépendra du contexte politique local, au moment de mes interventions. J’accepte les conditions et les possibles modifications qui seront apportées. De toute façon j’ai envie de partir.

Trois mois avant mon départ, mon dossier est accepté. Je mettrai en place un projet photographique dans les camps de réfugiés en périphérie de la ville de Naplouse à destination de groupes d’adolescents.

Méthodologie

Je n’ai pas changé mes habitudes de travail. En effet, ayant déjà mis en place des projets photographiques argentiques ou numériques dans ma classe, j’avais la progression de l’atelier. La contrainte, ici, était temporelle. Pas question de se dire que l’on pourrait reporter en cas de souci majeur. Il fallait faire le projet.

  • J’ai donc commencé par des réflexions autour de la photographie en général en leur posant des questions (enfin je les posais en français à mon guide qui les traduisait en arabe. Après avoir reçu la réponse, elle me la traduisait en français).

  • Puis très vite, nous sommes passés par des « fondamentaux », les « bases » de la photographie (plans, cadrages, lignes de tiers, profondeur, flou, etc.) afin d’apporter du savoir et des connaissances utiles pour la suite du projet.

  • En étudiant ensuite des couvertures de publicité, nous avons décrit les compositions des photographies et expliqué en quoi elles pouvaient (ou pas) être considérées comme de « bonnes » photographies.

  • Enfin, le plus long de travail pour les adolescents a été de réfléchir à UNE photo. Un cliché qui, pour eux, serait considéré par le spectateur comme une bonne photographie tout en mettant en lumière leur quotidien. Ce travail a été réalisé sur papier libre. Un dessin. Une explication.

  • Et pour finir, les prises de vues.
Croquis de Dima – Centre Ighata

Le public

Lors de la rédaction de ce dossier, j’avais une envie : celle de travailler avec des adolescents, avec une préférence d’âge de 13 à 18 ans. Filles et garçons confondus. Les ateliers étant fixés pendant les vacances scolaires, les enfants étaient libres de s’inscrire ou non. De venir ou non. Ce qui, à certains moments, a été problématique (annulation des ateliers). Ainsi, autant dans certains centres je n’avais pas beaucoup d’enfants dans d’autres cela se bousculait un peu. C’est notamment le cas du camp de Salfit où cinq filles ont participé à l’atelier. Elles n’étaient parfois que trois … Dans le centre Igatha (filles et garçons âgés de 13 à 18 ans), au contraire, il y avait foule. En moyenne 35 élèves par groupe, avec une affluence maximum à 45 adolescents en fin de projet. Il a donc fallu s’adapter à la fois au public mais aussi au nombre radicalement différent d’une journée à l’autre. Même si c’était les vacances, j’avais un projet à mener avec une réflexion sur cette thématique. Il fallait donc avancer, tout en « n’excluant » pas ceux qui pouvaient manquer.

De façon générale, les groupes ont été impliqués et motivés à l’idée de photographier leur quotidien. La motivation était accentuée par l’organisation d’une exposition et d’un vernissage dans l’un des centres et à l’Institut Français de Naplouse. C’est bien avec le groupe de « Old Askar » qu’il a été difficile de pouvoir échanger et travailler sereinement. Il y a des moments où vous sentez, bien malgré vous, les tensions ambiantes et qui influent sur les plus ou moins jeunes adolescents. Tensions entre eux, tensions avec « l’occupant ». Instants de violence. Cela n’a pas été simple, même si de magnifiques photos sont sorties.

Le groupe de filles de Salfit
Le groupe de garçons d’Igatha

L’implication de ces groupes d’adolescents a été excellente. Je repense souvent à ces cinq filles du centre de « Salfit » qui m’ont fait visité tout le camp, la mosquée, l’école, m’ont invité chez les familles, et m’ont fait rencontrer les gens. Si je devais y retourner demain, j’arriverai à me repérer dans les ruelles étroites de ce camp, tellement je les ai parcourues avec mes guides d’un été. Toujours le sourire au lèvre, elles étaient heureuses. Simplement.

Les lieux

Comme il m’avait été indiqué lors des différents rendez-vous Skype, j’ai pu effectuer cette mission dans les différents camps de réfugiés que compte la ville. Ou plutôt ceux qui sont situés en périphérie. Ils sont au nombre de quatre : les camps d’Askar (« Young » et « Old »), Igatha et Salfit. Pour s’y rendre il faut prendre le taxi (2 shekels). 15 minutes de route environ, excepté pour Igatha, situé un peu plus proche du centre ville. Je suis toujours accompagné par une « locale ». Ce sera mon interprète pour les ateliers. Qui plus est, elle connaît parfaitement bien les différents centres dans lesquels je dois me rendre. Les ateliers ont souvent lieu dans des centres en « dur », dans des salles isolées. Il m’est arrivé une fois de faire « cours » dans un gymnase, pendant que d’autres adolescents jouaient au foot. Pratique … Les salles sont sommaires. Quelques tables, des chaises en nombre suffisant. Des bibliothèques garnies meublent certaines salles. Pas toutes. Le strict nécessaire en termes de matériel (feuilles blanches, feutres, tableau blanc). Conditions matérielles qui, finalement, ne perturberont pas le bon déroulement des activités. La plupart du temps, nous sommes dehors. Dans les rues, les parcs. Car il fait trop chaud dans les salles. Et puis parce que le projet implique de facto une immersion dans l’environnement local. Une fois seulement, les conditions ne seront pas réunies.

« 20/08/13. Je suis à « Old Askar ». Le centre se situe en face d’une école de l’UNRWA. L’atelier a déjà été reporté plusieurs fois pour des raisons qui me dépassent. Je m’interroge. Un autre créneau est trouvé et fixé avec le directeur du centre. Longtemps dans l’incertitude, le cours a finalement lieu. Dans une petite salle, 30 adolescents (et jeunes enfants) s’entassent. On est déjà hors-contrat car ma mission prévoyait uniquement des adolescents de 13 à 17 ans. Pas de jeunes âgés de 7-8 ans. Ce n’est pas très grave finalement. Ils participeront aussi. Peu de chaises. L’atmosphère est pesante. On le sent très vite. Tant bien que mal, nous produisons des photos, nous échangeons, nous dessinons. L’atelier avance bien. Et puis, en un éclair, une pierre vient fracasser le dernier carreau encore intact de la fenêtre derrière moi. Le verre éclate. La salle se fige un court instant. Des cris dans la rue. Des jeunes qui courent, qui scandent et qui hurlent. Les pierres volent. À l’autre bout de la rue, des militaires israéliens ont pénétré le camp.Très vite, c’est la furie dans la salle. Les adolescents les plus âgés quittent la salle pour rejoindre la rue. Les plus jeunes s’entassent devant la fenêtre, comme pour assister à un spectacle. Je ne maîtrise plus rien. Mon guide me dit qu’il faut partir. Vite. Avant que ça ne dégénère trop. Je rassemble le matériel et les appareils photos dans une certaine confusion et indifférence générale. Des grenades assourdissantes retentissent. Les gaz lacrymo lancés dans la rue viennent embaumer le bâtiment et la salle. Avant de partir de cette pièce, je me retourne. Un jeune enfant m’observe. À ses yeux, il se demande pourquoi je pars. Il me sourit. Nous sortons dans la rue où un nuage de gaz suspendu dans l’atmosphère donne à la rue une bien mystérieuse ambiance. La gorge irritée et les yeux larmoyants, nous quittons la zone et nous nous retrouvons dans l’artère principale. Malgré moi, ce jour-là, j’ai ressenti une véritable frustration. Celle de ne pas avoir été au bout des choses. Plus tard, j’apprendrai que les tensions se font de plus en plus pressantes dans le camp. Quelques jours plus tard, 3 jeunes tomberont sous les balles de Tsahal. »

Mis à part cette fois, les conditions ont toujours été bonnes. Voire très bonnes. Certes le nombre d’étudiants était variable (entre ceux qui ne voulait pas venir et ceux qui désertaient en plein milieu du cours) mais j’ai toujours été bien reçu et accueilli. Ce qui a contribué à travailler sereinement et faire avancer le projet dans les temps.

Les photos

Bilan

Nous sommes fin août. Dans deux jours, je serai de retour en France, face à mes élèves, pour la rentrée scolaire. Le projet n’est pourtant pas terminé. Il prévoit la mise en place d’une exposition et d’un vernissage dans un des centres (celui d’Igatha) et à l’Institut Français de Naplouse. Une façon de montrer la richesse des points de vue des adolescents et de les récompenser de leur implication et de leur travail tout au long de cet été. Les photos retravaillées (pour certains groupes cela a été fait avec eux), il faut les imprimer dans une imprimerie du « Down Town », proche du « mall ». Une soixantaine de photos le seront. Elles seront affichées sur des panneaux ou sur les murs. Une étiquette (écrite dans les deux langues français/arabe) est placée sous chacune d’elles mentionnant le titre et l’auteur. À côté est fixé le dessin préparatoire de la prise de vue, afin de comparer la réflexion en amont et la prise de vue in situ. C’est un succès. Éphémère, mais il fait du bien à ces enfants des camps. Ils repartiront, après l’exposition, avec leur cliché.

Cet été-là, j’ai réalisé qu’il était possible de mener des ateliers avec ces enfants. Malgré un contexte tendu, des difficultés sociales fortes et des conditions de vie éprouvantes dans certaines zones de travail, les enfants, plein de vie, ont contribué à faire de cette mission une réussite. Une réussite tant l’objectif a été atteint, le projet allant jusqu’à son terme. Mais également une réussite personnelle. Se confronter à des situations particulières permet aussi de s’ajuster, de trouver des solutions et de parfaire sa pédagogie et sa vision des choses sur les enfants et sur l’environnement. À dire vrai, j’ai eu beaucoup de mal à partir. Les larmes aux yeux et le regard vague, dans le sherout qui me ramenait vers Jérusalem, je me suis promis de revenir. Cette pensée est quotidienne.

Grafiti – New Askar

 

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